Depuis plusieurs années Boréalis, en collaboration avec les Bibliothèques, propose aux citoyens des conférences ayant pour sujet l’histoire de Trois-Rivières et du Québec. Cet article de blogue est tiré d’une de ces conférences.
Une attaque oubliée… aux portes de Trois-Rivières
Il y a 250 ans cette année, Trois-Rivières était attaquée par les Américains. Cette bataille s’inscrivait dans le projet de nos voisins du sud de faire du Canada un État de leur future république indépendante de la Grande-Bretagne et, ainsi, de pouvoir contrôler toute l’Amérique du Nord. D’où le nom qu’ils allaient se donner : États-Unis d’AMÉRIQUE.
La bataille de Trois-Rivières, le 8 juin 1776, a suivi de quelques jours la fin du long siège de Québec (décembre 1775 – mai 1776) par l’armée américaine durant la guerre d’indépendance des Treize Colonies de la Nouvelle-Angleterre, ainsi que la bataille des Cèdres (et Quinze-Chênes), du 18 au 27 mai 1776 au cours de laquelle une force britannique composée de soldats réguliers, de loyalistes et d’alliés autochtones attaqua le poste américain des Cèdres et qui fit 500 prisonniers américains. Les mois de mai et juin 1776 marquèrent en quelque sorte, le début de la contre-offensive canado-britannique qui allait expulser les troupes d’invasion hors du Canada.

W8banaki (Abénakis)
Source : Musée d’Odanak
1776 : une contre-offensive qui change tout
La bataille de Trois-Rivières fut donc une bataille décisive dans la guerre d’indépendance des États-Unis et elle s’inscrit dans le registre des actions qui mirent fin, pour un temps, au grand rêve américain de s’emparer du Canada et d’étendre l’hégémonie américaine à toute l’Amérique du Nord. C’est donc un événement qu’il convient de rappeler à la mémoire des générations actuelles.
Une recherche initiale a été réalisée durant l’hiver 2001, à quelques semaines du 225e anniversaire de l’événement, en vue d’une reconstitution de la bataille au parc portuaire de Trois-Rivières le 1er juillet 2001 par la Compagnie Pierre-Boucher de la Milice coloniale. Cette première version de la bataille, rédigée par M. Daniel Robert, a été publiée en juin 2008 dans le bulletin annuel d’histoire « Patrimoine trifluvien » (numéro 18). Depuis, l’interprétation historique a été enrichie de moult détails et précisions grâce aux recherches approfondies effectuées récemment par M. Alain Gervais, particulièrement dans les archives américaines et britanniques devenues facilement accessibles grâce à l’internet.

Milicien canadien
Illustration de Francis Back, Company of Military Historian, Collection de Parcs Canada
Sur le terrain : une bataille inégale
La bataille de Trois-Rivières, le 8 juin 1776, s’est déroulée en majeure partie dans l’ancienne Commune (actuel quartier Saint-Philippe). Partis de Nicolet et débarqués à Pointe-du-Lac, les Américains ont progressé lentement vers le bourg de Trois-Rivières. À cette époque, le champ de bataille comportait d’immenses marécages, infestés de moustiques et de mouches noires, des terres pas encore asséchées depuis une inondation printanière récente.
Le 24th Regiment of Foot (300 soldats), commandé par le lieutenant-colonel Simon Fraser, était à Trois-Rivières au matin du 8 juin 1776.

Soldat du 24th Regiment of Foot
Auteur inconnu, National Army Museum, Londres
Averti de l’arrivée imminente des Américains, Fraser fit battre l’appel général et fut appuyé par de nombreux miliciens canadiens sous les ordres de Jean-Baptiste Boucher de Niverville, capitaine de milice, et de Louis-Joseph Godefroy de Tonnancour. Plusieurs autochtones notamment des W8banaki (Abénakis) et possiblement des Anishinabes (Algonquins) et des Wendat (Hurons), participèrent aussi à la défense de la ville.

Louis-Joseph Godefroy de Tonnancour
Source de l’image : Galerie d’art du Parc, Manoir De Tonnancour, Trois-Rivières
La bataille de Trois-Rivières s’est soldée par un échec cuisant des Américains, mal préparés, mal renseignés sur les forces en présence, sans compter leur méconnaissance totale du terrain. Finalement, on compta 90 morts et 270 prisonniers et blessés du côté américain; et seulement 1 à 3 morts et 10 blessés du côté britannique.

Lieutenant-colonel Simon Fraser
Bridgeman Images, Gravure American School
Et si l’histoire ne s’arrêtait pas là ?
Cette invasion du Canada en 1775-1776 n’était que la première tentative des Américains d’annexer le Canada. Une deuxième tentative allait survenir en 1812-1815. À quand la prochaine tentative ?
Les batailles marquent l’histoire, mais elles ne la racontent jamais entièrement. Derrière les affrontements, il y a des territoires, des alliances, des lieux de passage; des espaces où se sont tissés les premiers liens entre peuples, bien avant les conflits.
Bien avant 1776, Trois-Rivières et Tadoussac occupaient déjà une place stratégique sur le fleuve Saint-Laurent, au cœur des réseaux d’échanges entre nations autochtones et explorateurs européens . Deux lieux, deux origines, deux visions d’un même territoire en devenir. Et si comprendre cette bataille, c’était aussi remonter encore plus loin dans le temps ?
Après avoir exploré cet épisode marquant de l’histoire trifluvienne, poursuivez votre découverte avec l’article Tadoussac vs Trois-Rivières : le duel des origines, et plongez au cœur des premiers chapitres de notre histoire.
D.R. / 16 mars 2026