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Catherine et Pierre, l’une des plus belles histoires d’amour du pays

Depuis plusieurs années Boréalis, en collaboration avec les Bibliothèques, propose aux citoyens des conférences ayant pour sujet l’histoire de Trois-Rivières et du Québec. Cet article de blogue est tiré d’une de ces conférences.

«Si je me levais à la pointe du jour, je la trouvais sans y manquer sur la porte cochère; un baiser scellait nos constantes promesses et résolutions de nous aimer jusqu’à la mort ! »[1] C’est Pierre de Sales Laterrière qui écrit ça en 1812 en relatant les débuts de sa relation quatre décennies plus tôt avec Catherine Delzenne qu’il surnommait Catiche. Dans tous les films, l’épilogue se conclut toujours ainsi : se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Dans le cas de Pierre et Catherine, c’est plutôt l’inverse : vécurent tumultueux avant d’être heureux, eurent trois enfants puis se marièrent.

Pour faire une histoire courte, Laterrière est né en France et a émigré au Québec en 1766. Catherine est née à Québec. Ils se rencontrent au début des années 1770. Il a un peu plus de 28 ans. Elle est de 12 ans sa cadette. Ils s’aiment et se promettent un avenir ensemble. Pierre est le commis au magasin de Québec des Forges du Saint-Maurice. Catherine est la fille de l’orfèvre François-Ignace Delzenne. Pour exercer son art, il a besoin d’argent pour acquérir ses métaux précieux. Il contracte une dette envers son ami Christophe Pélissier, directeur à Trois-Rivières des Forges du Saint-Maurice. Pélissier a 46 ans. Il lui prête l’argent en échange de sa fille.

Sous prétexte d’une visite familiale, Delzenne amène sa fille à Bécancour. Ils s’arrêtent à l’église où, aux dires de Laterrière, elle découvre qu’il s’agit là de son mariage avec Christophe Pélissier. C’est le 8 mars 1775, durant la nuit, prétend Laterrière qui a perdu son amoureuse aux mains de son patron. De nuit ? Les archives ne confirment rien. Un mariage arrangé, si on en croit Laterrière ? Difficile à dire en l’absence de preuve. Le mariage a été présidé par le père Théodore Loiseau, après avoir obtenu, du vicaire général de Québec, une dispense de publication des trois bans et une dispense «du temps de la quarantaine», c’est-à-dire du carême, temps prohibé pour les mariages, mais non complètement interdit. Après le mariage, Pélissier retourne avec son épouse à sa résidence, la Grande Maison des forges.

Catherine sombre dans un état proche de la folie, refusant de vivre avec Pélissier. Ce dernier, craignant de la perdre et sachant que seule la présence de Laterrière pourrait la calmer, fait engager celui-ci comme inspecteur des forges. À ce titre, il logera lui aussi dans la Grande Maison. Vous voyez se dessiner le ménage à trois ? D’où la phrase citée au début de ce texte. Une amitié sincère, selon les mots de Laterrière, qui donnera naissance à la petite Dorothée en 1778. Les Delzenne feront tout pour séparer les amants : enlèvement de Catherine, séquestration à Québec, exhérédation de Catherine, condamnation du couple par l’Église — n’allez pas jusqu’à l’excommunication, dira l’évêque–, emprisonnement de Laterrière durant trois ans sans procès –Laterrière achètera la maison près de la prison pour y loger Catherine qui pourra passer du temps avec lui en prison–, expulsion de Laterrière hors de la colonie durant une année.

On le voit, ce sont d’incroyables rebondissements, dignes d’une série de Netflix. Au retour de Laterrière, alors que Pélissier est retourné en France, le couple aménagera ensemble. Ils auront deux autres enfants. En 1800, ayant démontré le décès de Pélissier, le couple put enfin se marier.

Et si cette histoire ne s’arrêtait pas à ces rebondissements dignes d’un roman ?

Car au-delà de cette relation hors norme, faite de passions, de contraintes et de retournements inattendus, c’est tout un pan de la vie sociale et intime de l’époque qui se dévoile. Derrière les grandes lignes de l’histoire, il y a ces trajectoires humaines, complexes, parfois déroutantes, qui échappent aux récits traditionnels.

Trois-Rivières conserve encore aujourd’hui les traces de ces vies passées, non seulement à travers ses événements marquants, mais aussi dans ses lieux, ses demeures et les récits qui y sont associés. Des espaces où l’histoire ne se raconte plus seulement à travers les faits, mais aussi à travers les atmosphères et les mémoires qu’ils portent.

Et si comprendre ces destins, c’était aussi explorer les lieux qui en ont été les témoins silencieux ?

Pour poursuivre cette immersion dans l’histoire trifluvienne, découvrez l’article La Villa Mon Repos par Daniel Robert, et laissez-vous guider vers une autre facette du passé, entre mémoire des lieux et traces du quotidien.

 

 

[1] Archives privées, Manuscrit des Mémoires de Pierre de Sales La Terrière, page 166.

Article rédigé par René Beaudoin, historien

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