Quand l’usine riait entre deux quarts

Chaleur accablante, bruit constant, cadence soutenue… travailler à la CIP n’avait rien de facile. Pourtant, derrière ces conditions exigeantes se cachait une ambiance profondément humaine, marquée par la camaraderie et les éclats de rire.  À l’usine, les relations entre collègues faisaient toute la différence. Les blagues, les clins d’œil et les petits tours jouaient un rôle essentiel dans le quotidien des travailleurs. Comme le résume René Beaudoin, ancien travailleur étudiant : 

«  Ces espèces de clins d’œil, de rires, d’histoires, de solidarité… J’ai l’impression que tout ça là-dedans a servi à adoucir un travail comme celui-là. »  

Bienvenue aux nouveaux ! 

À la CIP, l’arrivée d’un nouvel employé ne passait jamais inaperçue. Les anciens avaient leurs traditions… et leurs fameux tours d’initiation.  

René Beaudoin : « Tous les étudiants qui travaillaient ici se sont fait jouer des tours. Tous les gars embarquaient dans les tours, ils étaient fous ! » 

« Hé ! Le nouveau ! Va donc me remplir cette chaudière de steam à la chaufferie .»   

Le mot anglais steam, qui signifie vapeur, est un terme inconnu de la plupart des nouveaux employés francophones. D’autres se faisaient demander d’aller chercher un outil dans un sous-sol… qui n’existait tout simplement pas !

Jean-Charles Beaudoin : « On aimait ça jouer des tours entre nous autres. Il y en avait qui était pire que d’autres. C’était des tours pendables, mais pas dangereux. »    

René Beaudoin : « Tous les étudiants qui travaillaient ici se sont fait jouer des tours. Tous les gars embarquaient dans les tours, ils étaient fous ! »  

Gilles Bellerive et Pierre Boisvert à l’usine de la CIP de Trois-Rivières, 1972, Collection Boréalis, don de Gilles Bellerive, 2015.056.02

S’amuser entre collègues 

Les shifts de travail paraissaient moins longs quand on jouait des tours à ses collègues.   

Les idées ne manquaient pas : graisser un téléphone, coller des souliers au plancher, attacher un collègue endormi à son banc ou encore visser une boîte à lunch au plafond. Certains allaient même jusqu’à verser une chaudière d’eau froide pendant la douche. 

René Beaudoin : « Les ouvriers du papier, c’étaient des bons diables !  Ces espèces de clins d’œil, de rires, d’histoires, de solidarité… J’ai l’impression que tout ça a servi à adoucir un travail comme celui-là. »   

Des gestes espiègles, certes, mais jamais malveillants. 

Daniel Bastien, Michel D., Léo Vadboncoeur, Yves Dargis, Gilles Dargis, Gilles Bellerive et André Crête à l’usine de la CIP de Trois-Rivières, 1977. Collection Boréalis, don de Gilles Bellerive, 2015.056.03 

Quand la famille s’y met 

L’esprit taquin ne s’arrêtait pas aux portes de l’usine. À la maison aussi, l’humour occupait une place importante. 

Collection Boréalis, don de la famille Beaudoin. N2022.04.01 

Laurette Beaudoin en témoigne : «  J’en ai faite des mauvais coups beaucoup, beaucoup à mon chum… Ô seigneur si je lui en ai faite… Mais pas pour faire du tort… Des affaires pour rire  ! On a eu ben du plaisir…Puis on en parle encore  ! »  

«Attention! Votre conjointe a remplacé votre jambon par du savon!»   

Remplacer le jambon d’un sandwich par du savon, empeser les cols d’une chemise ou coudre un mouchoir dans une poche faisaient partie des petites blagues du quotidien. 

Ces gestes, simples mais significatifs, témoignent d’un lien profond entre vie de travail et vie familiale, où l’humour devenait une façon de se rapprocher. 

Jean-Charles et Laurette Beaudoin, mariés pendant 62 ans, incarnent bien cette complicité durable, nourrie autant par les souvenirs de l’usine que par les rires partagés à la maison. 

Collection Boréalis, don de la famille Beaudoin. N2022.01.01 

À la CIP, le patrimoine ce sont les rires, les clins d’œil et les petits tours qui rendaient le quotidien plus léger. Ces souvenirs font vivre une mémoire ouvrière profondément humaine, où le travail et la camaraderie ont façonné la ville trifluvienne. Pour prolonger cette plongée dans le passé, poursuivez votre lecture avec L’héritage de la C.I.P. : souvenir de Trois-Rivières, où cette mémoire continue de prendre vie dans notre Trois-Rivières d’aujourd’hui.

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